Cours sur la photo numérique

Cours de photographie (2005-2011)
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Exercice 9 : simulacre et mise en scène

Bien que le numérique et la vulgarisation des logiciels de retouche semblent avoir balayé définitivement la notion d’authenticité, la photographie est encore régulièrement brandie comme preuve (la pyramide de corps de la prison d’Abou Gharib en est un récent exemple). Mais comme preuve de quoi, exactement ?

La véracité de la photographie tient principalement au fait qu’elle est techniquement une empreinte lumineuse. De la même manière que l’empreinte de doigt sur le verre est la preuve que vous l’avez touché, l’empreint lumineuse sur la pellicule (ou le capteur) est la preuve d’une présence, à un moment donné, devant le système de capture qu’est l’appareil photo. Au dela de ce simple indice (on parle de signe indiciel), la photographie ne dit plus rien de "vrai". Le reste est abus. Circonstances, lieux, significations sont des extrapolations sur base de cet indice.

Simulacre

Le simulacre est définit par Jean Baudrillard comme étant cette « vérité qui cache le fait qu’il n’y en a aucune ».

La photographie est une représentation, la distance entre elle et son référent est vertigineuse comparée à la reconnaissance immédiate dont jouit ce type d’image. Même avec les meilleures intentions du monde, le contexte de réception de l’image va produire des distorsions. Alors que dire de la fabrication des simulacres ? Ils sont très courants, banals même. Embrasser sa mère pour une photographie souvenir, alors qu’on ne la touche plus depuis des années, c’est produire un simulacre, qui va donner une image idyllique, pour le futur, d’une relation.
Cependant des simulacres sont créés chaque jours à des fins moins innocentes, de la fausse image de presse au visage retouché des mannequins, pour influer sur notre jugement ou façonner nos modèles, sous couvert de naturalisme. Le simulacre est souvent associé à la tromperie, a l’immoralité, à l’ironie et la manipulation.

Mise en scène

Proche du simulacre, la mise en scène consiste à préparer une image, à la construire plutôt que la saisir sur un mode fortuit, improvisé, accidentel. Cependant, la mise en scène n’est pas toujours simulacre : l’apprêt peut être visible et faire partie de la raison d’être de l’image. La photo de mariage, dans le parc, tous deux tournés vers la caméra sur fond de lac, est une mise en scène, mais qui croirait que le couple se trouvait là par hasard ?
La mise en scène prolonge la construction picturale, elle s’affirme donc par une maitrise de l’image, de sa composition, des éléments qui entrent ou sortent du champ. Elle est pour le professionnel la marque de fabrique, la manifestation d’un savoir faire et de la maitrise de son art.

Quoi faire

Deux grandes catégories de simulacres nous intéressent :
- fabriquer une image qui semble "naturelle", et qui soit en fait un faux
- fabriquer une image visiblement fausse, par des artifices divers (éclairages, accessoires, décor, vêtements, figurants).

Créez des simulacres :
- créez une fausse intimité avec de parfaits inconnus
- semblez naturel dans des situations qui vous sont parfaitement étrangères
- créez une fausse activité
- créez une situation parfaitement absurde
- créez un tableau poétique, moraliste, politique
- créez une situation dans laquelle tout soit naturel mais semble artificiel
- créez une situation dans laquelle tout est vrai sauf un élément

Nous avons aussi réalisé un exercice sur le portrait, dans lequel la situation pouvait être construite, donc "artificielle". Disons que dans cet exercice l’artifice est le centre de votre série, même s’il est dissimulé, voire conceptuel.

Attention : ce cours s’intéresse uniquement à la prise de vue, pas à la post-production. Bien que quelques exemples de retouche et de montage soient montrés, vous rendrez uniquement pour ce exercice des images brutes, sans retouche.

Veuillez penser à la cohérence de votre série, il vous en sera demandé le concept. 10 images, évitez les doublons. Un peu d’audace et de l’imagination.

Par stephane, 20 février 2010