Cours sur la photo numérique

Cours de photographie (2005-2011)
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Exercice 8 : le paysage

Le paysage est un genre qui préexiste à la photographie, mais qui va recevoir avec elle de nouvelles dimensions. L’époque dans laquelle la photographie naît est portée à la découverte du monde, le médium photographique va devenir un moyen de faire revenir des images d’un grand ailleurs, de se l’approprier par l’image, de trouver une mystique dans ses manifestations, ou du pittoresque, d’affirmer sa brutalité, son irreproductibilité, sa beauté.

Ce n’est pas un hasard si le moment où l’on veut dépeindre le monde (sauvage, domestiqué) est aussi le moment où ce monde perd sa grandeur : les distances se franchissent plus facilement, le ballon puis l’avion vont permettre de l’embrasser du regard à des échelles jamais vues, des cartes détaillent tous les points du globes. L’homme domine désormais un espace clos. L’industrialisation, qui prend son envol au 19eme siècle, et va transformer la perception que l’homme a du monde, est aussi une des conditions de l’invention de la photographie.

On peut considérer que le paysage devient un sujet pour l’homme moderne au moment ou cesse d’être lointain, effrayant, sauvage, pour devenir un lieu de seconde résidence. C’est en effet l’homme urbain (et le bourgeois) qui regarde la nature et invente le concept même de paysage.

Tantôt la photographie de paysage permettra d’affirmer l’évidence de l’existence de Dieu, tantôt de la nier. Toutes sortes d’approches qui cassent l’idée que le paysage ressemble à un autre paysage.
Ici encore, ici surtout avec ce genre assez difficile parce que trop rebattu, la notion de série permet de dégager les constantes et les variations. Position de l’appareil, positionnement de l’horizon dans le cadre, la verticalité ou horizontalité de l’image, la visibilité ou non de l’horizon, la part de l’humain dans l’image, la visibilité d’êtres humains dans l’image, l’échelle captée, le rapport entre avant-plan et arrière-plan, l’abstraction ou lisibilité de l’image sont autant de paramètres qui permettent d’affirmer, littéralement, une vision du monde.

Quelques précautions

La nature est un concept douteux, et on pourra donc se jouer du terme, mais une part de ce que le sens commun appelle « nature » doit apparaître dans l’image. Il n’y a pas de délimitation claire donc, et les exemples montrés sont là pour baliser votre travail.

Le paysage peut être vu comme :
- Un espace mystérieux dans laquelle la nature domine
- Un espace effrayant dans laquelle la nature domine
- Un espace merveilleux dans laquelle la nature domine
- Le lieu dans lequel s’exprime Dieu
- Le laboratoire délaissé par Dieu
- Un lieu merveilleux ordonné par l’homme
- Un lieu horrible dominé par l’homme
- Un endroit où la sauvagerie domine encore
- Un lieu qui s’équilibre autour de forces contradictoires
- Un endroit qui n’appartient à personne
- Un lieu qui appartient à tous
- Un endroit souillé, témoin d’une beauté ancienne
- Un endroit sale que les hommes ont a ordonner
- Un endroit menacé par l’appétit des hommes
- Un endroit calme, violent, reposant
- Une métonymie du monde
- Un fragment aléatoire du monde
- Un espace à conquérir
- Un lieu de négociation entre le divin et le terrestre
- Un lieu pétri de culture

L’exercice

Dans la continuité de l’exercice sur le portrait, nous travaillerons l’ensemble des images comme une série, c’est à dire reliées entre elle par un lien explicite ou secret, narratif, thématique ou procéduriel.
10 photographies au moins sont à pourvoir. Veillez à la cohérence de l’ensemble, et à une certaine qualité de chaque image. Veillez aussi à ne pas produire des images de trop petites dimensions, le paysage est un genre qui aime le détail, et la qualité technique. La matière de l’image fera partie de l’image : contraste, flous, horizontalité du cadre, influent fortement sur l’interprétation de l’image. Encore une fois, toute contrainte peut être contournée. Cependant, pour ne pas faire éternellement les mêmes images de chambres d’étudiants (car un pot de fleur pourrait être considéré comme un paysage) il est posé comme contrainte de faire ici un travail en extérieur. Et de ne pas les sortir d’internet.

Durée

3 semaines.

Résultat

L’évaluation portera sur la capacité à faire un usage personnel et/ou détourné de la notion de paysage. Ni virtuosité, ni originalité à tout crin n’est nécessaire. On évitera de nouveau les fameuses « réponses techniques ». Pousser le bouton en répondant aux critères n’est pas suffisant.

Par stephane, 7 février 2010