Cours sur la photo numérique

Cours de photographie (2005-2011)
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Sally Mann

Photographe américaine né en 1951 et vivant en Virginie, à Lexington, où elle possède une grande propriété qui constitue le décor principal de ses photographies.
Sally Mann fait partie de ces photographes que l’on dit "de l’intime", qui photographient leur environnement direct.

Un de ses livres les plus célèbres est "immédiate family" (1992), qui comme son nom l’indique, a pour sujet ses proches. Entrent dans le cadre, presque exclusivement, ses enfants. Photographiés en noir et blanc, à la chambre grand format, tirés sur du papier doux, très riches en nuance, ils apparaissent dans des poses aussi naturelles qu’apprêtées. La beauté immédiate des images, la maitrise du clair-obscur, l’usage du flou optique magnifie le quotidien familial. Les images rappellent l’esthétique pré-raphaélite, et l’aspect suranné est à la fois contredit et amplifié par la nudité trouble des enfants. Comme Margaret Cameron un siècle plus tôt, Mann crée une tension entre représentation picturale et immédiateté de la situation. Cameron travaillait au collodion humide, une technique lourde, avec des temps de pose encore élevés. Ici, la chambre technique grand format met Mann dans la même situation de tension technique : lourdeur de manipulation, mise au point sur dépoli, le prix à payer pour produire de l’aura autour de ces enfants mutins, soumis au processus, affichant un ennui mélé de tendresse sur les images.

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Lewis Caroll n’aurait pas renié ces images, et dans une période post-Dutroux, ce travail puissant de maîtrise de l’image ne laisse pas de marbre. Il est donc plus que nécessaire pour rappeler que la relation parent/enfant est une des plus complexe qui soit, et qu’elle ne peut être résumée à celle de Spielberg et de Walt Disney.

La photographie de Sally Mann n’est pas ouvertement provocatrice, elle n’est pas du côté d’un Mapplethorpe qui dans les mêmes années, montre des corps nus, adultes et franchement sexués. Le sujet de la photographie de Mann est l’intime et ses limites, on est bien loin d’une revendication homosexuelle explosive.
Nan Goldin disait de la photographie de ses proches qu’elles étaient comme de caresses. Même si l’amour éperdu pour la beauté de ses proches est le moteur de sa photographie, Mann se distingue aussi franchement du travail de Goldin, elle aussi obnibulée par la beauté des corps proches. Comme elle pourtant, Sally Mann pense placer ses images au-delà de toute immoralité par la pureté de ses intentions, par l’amour désarmant qu’elle porte à son sujet photographique. Mais son esthétique est dans une grande tradition de photographie, une lignée post-pictorialiste, quelque chose d’un art bourgeois attaché aux valeurs familiales, au velouté de la peau, à la belle image. Ça sent bon la tarte aux pommes comme dans un Clarence White. Sally Man a le goût du détail et du flou optique.

La nudité fait donc irruption dans cet ensemble trop lisse. "Proud flesh" (peau fière), titre d’une de ses séries récentes, est à ce titre tout à fait explicite. Mais cette nudité est l’air de rien très contrôlée : les adultes sont exclus des photographies de nu, corps infantiles et adultes ne sont jamais mélangés dans l’image. La nudité est dévoilée dans l’intimité de la relation photographe-corps, et liée, comme dans la représentation classique, à l’immobilisme. Il est d’ailleurs intéressant de voir que comme le nu descendant un escalier de Duchamp, ce sont les images de corps debout, témoignant d’une activité, qui sont les plus difficile à regarder.

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L’intensité des regards est une autre caractéristique assez importante du travail de la photographe. Le regard pointé droit vers l’appareil est fréquent. C’est une des caractéristiques de la photographie souvenir, et plutôt contraire à la représentation du nu traditionnel. La pudeur de la peinture fin 18eme place les femmes nues dans des poses alanguies, mais absorbées par la rêverie, absentes, extraites du monde et de la relation au regardeur. Les enfants de Sally Mann regardent vers l’appareil, à la fois vers l’inconnu (le spectateur) et au plus proche (la mère).

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Les rares fois où ces règles implicites du code du nu sont outrepassées, on perd les repères de l’image et le malaise devient palpable. L’age de ses modèles est donc un critère déterminant : "Immediate family" devait s’arrêter à l’adolescence des enfants, ce moment ou le corps se transforme, devient sexué, ou la relation mère-enfant ne passe plus par le toucher, et où la représentation de soi devient une question personnelle.

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Sally Mann
Hayhook

Sally Mann a reçu plusieurs prix, "Photographe de l’année" de Time magazine en 2001. Son travail, ses galeristes et ses éditeurs ont reçu critiques acerbes, pressions et attaques en justice durant les années 90’, pour pornographie infantile notamment, mais jamais elle n’a réellement été inquiétée par le puritanisme ambiant, comme a pu l’être Robert Mapplethorpe dans la même période. Comme elle, Mapplethorpe utilise la distanciation technique, la netteté parfaite du grand format, la perfection des compositions et des tirages, pour rentrer au chausse pied des photographies crues dans l’histoire de l’art. Mais il le fait avec la violence d’un New-Yorkais, et depuis les marges de la société.

Un documentaire sur son travail a été produit en 2006, "What Remains".

Autres photographes de l’intime : Jock Sturges, Nicholas Nixon, Meatyard.

Par stephane, 9 octobre 2007