Cours sur la photo numérique

Cours de photographie (2005-2011)
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Francesca Woodman

Photographe américaine née à Denver en 1958 et morte à New York en 1981. Issue d’une famille d’artistes, elle commence tôt la photographie et suivra une trajectoire rapide et cohérente, avant de se défenestrer au début des années 80’.

Woodman fait donc la connection entre la passion, la féminité, la photographie au 6X6 et le suicide, 10 ans tout juste après Diane Arbus. La mythologie qui l’entoure est puissante, car tous les ingrédients rock’n’roll y sont : jeunesse, beauté, tragédie.

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Self portrait at thirteen
Entre 1972 et 1975

Elle photographie dès l’age de 13 ans, et suit un cursus artistique qui lui permettra notamment de décrocher une bourse d’un an à Rome (77-78). Elle connait l’Italie pour y avoir été en voyage avec ses parents (George Woodman, céramiste et photographe, Betty Woodman, céramiste). Son style s’est déjà affermi : l’autoportrait y domine, le format carré du 6x6 donne une précision d’image qui lui permet d’exploiter l’esthétique des flous optiques et bougés, dans lesquels planent l’influence du surréalisme.

La mise en scène est marquée dès les premières images, à l’age de 13 ans. Si l’ensemble de son travail tourne autour de l’autoportrait, elle dénie très souvent l’appareil, cachant son visage sous ses cheveux, des objets, des parties de son corps. Le nu est présent rapidement, d’un érotisme très froid et intellectuel. Rome lui apportera un goût plus prononcé pour les matières granées, celles des murs anciens, des planchers abimés, des peintures écaillées, qui donnent à ses tirages un aspect luxuriant, riche et plaisant (voire néoclassique), qu’elle contrebalance par le déséquilibre des compositions, la distance instauré par son corps théatralisé et cette absence de visage quasi persistante.

Elle termine ses études et s’installe à New York en 1979. En 1981 elle publie un livre "Some Disordered Interior Geometries", livre de 24 pages comportant des pages de géométrie, des autoportraits, le tout réhaussé au tippex. Elle expose dans des lieux alternatifs new-yorkais.

En 1981, dans une phase de doute quant à son travail, et suite à une difficile rupture amoureuse, elle se jette de la fenêtre de son loft. Elle meurt à l’age de 22 ans et laisse 10000 photographies derrière elle, dont 120 environ ont été exposées. Elle a aussi réalisé quelques vidéos.

On dit son travail influent, il préfigure en tous cas les évolutions de la photographie dans le années 80’ : affirmation du médium par la taille des tirages (Woodman tire parfois des images d’un mètre carré), la mise en scène travaillée (que l’on trouvait chez Les Krims et qui se développera fortement dans la génération suivante), l’introspection et l’autoportrait, et enfin une maitrise esthétique affirmée et la citation de la peinture.

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Impossible de détacher ce travail du destin de son auteur, puisqu’elle l’a construit comme une interrogation sur l’image de son corps. Et avec la disparition brutale de celui-ci, sa photographie rend palpable, comme rarement, la dimension spectrale de la photographie.

Par stephane, 13 juin 2008