Cours sur la photo numérique

Cours de photographie (2005-2011)
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Historique technique de la photographie

Quelques dates pour cerner les grandes étapes de la photographie.

1827 : première image

Au début du XIXe siècle Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) va réussir à obtenir et conserver une image due à l’action de la lumière. Dès 1812, il parvint à obtenir en lithographie des négatifs (grâce au chlorure d’argent) et des positifs (avec du bitume de Judée), mais ces images ne sont pas stables.

En 1826 ou 1827 Niépce réussit à fixer sur une plaque une image vue d’une fenêtre de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire).

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Niepce
Point de vue de la fenêtre à Saint Loup de la Varenne, 1827.

1839 : le daguérrotype offert au monde

En 1829 Louis Jacques Mandé Daguerre (1799-1851) s’associe à lui pour perfectionner son invention. Niépce meurt en 1833, inconnu et presque ruiné. Mais Daguerre poursuit l’exploitation de son procédé. Quelques mois après la mort de Niépce, il parvient à obtenir une image positive stable. Arago présente la découverte à l’Académie des sciences en 1839 et Daguerre la commercialise sous le nom de « daguerréotype ». L’État français l’acquiert contre une rente viagère, puis en fait « don au monde ».

1839 : première image positive directe

Hyppolyte Bayard, en France encore, produit la première image positive sur un support papier. Éclipsé par Daguerre, il fera un "autoportrait en noyé" et tombera dans les oubliettes de l’histoire.

1840 : la calotypie

William Henry Fox Talbot (1800-1877) mène des recherches parallèles à celles de Niépce et Daguerre à partir de 1833. En 1841, il brevette la « calotypie », procédé négatif-positif qui permet la diffusion multiple des images. Le principe est celui du tirage contact : on pose la feuille (à l’envers) sur une autre feuille sensible et on insole le tout. Calotype vient du grec Kalos, beau et Typos, impression.
L’image, qui était un "négatif" (ce qui est perçu comme blanc par l’oeil s’imprime en noir sur la feuille), et de plus, à l’envers (haut en bas et gauche à droite, très visible dans les textes qui sont inversés donc illisibles), devient un positif lisible. Fox Talbot, fort de ce résultat et de l’historique de ses recherches, qui en font d’après lui le prédécesseur de Daguerre, veut faire reconnaitre ’antériorité de ses recherches. Mais le daguerréotype était au point, bénéficiait du soutien de l’État français, et était disponible gratuitement : ce procédé allait s’imposer au niveau mondial pendant au moins une décennie.
Il édite un livre "The pencil of nature", qui reprend des calotypes, ce qui en fait le premier livre illustré de photographies de l’histoire.
Exposition moyenne : 3 minutes...

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Fox Talbot
Meule de foin. Une démonstration du pouvoir de la photographie.

1847 : l’albumine

Suivent d’autres recherches qui, petit à petit, permettent d’améliorer la qualité des images, la sensibilité à la lumière des surfaces sensibles et de simplifier la procédure de prise de vue. En 1847 « procédé à l’albumine » (Abel Niépce de Saint-Victor, cousin de Nicéphore). On obtient des temps de poses de 5 à 30 secondes.

1850 : le collodion

Gustave Le gray met au point le procédé du Collodion, aussi appellé "négatif sur papier ciré sec". Ce procécé fait sa fierté car il a l’immense avantage sur le collodion humide, qui lui est contemporain, de pouvoir être préparé à l’avance (un temps de conservation d’environ 15 jours). Les résultat permet d’obtenir des mi-teintes assez subtiles. Reste le problème du report du papier par contact sur un positif, comme pour le calotype.
C’est ce procédé qui lui servira lors de la Mission héliographique.

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Auguste Salzmann (1824-1872)
Album Jérusalem. Étude et reproduction photographique des monuments de la ville sainte depuis l’époque judaïque jusqu’à nos joursLille, impr. photographique de Blanquart-Évrard, [vers 1854], [74] f. de pl.

1851 : le collodion humide

En 1851 apparaît le procédé au « collodion humide », mis au point par Fredereck Scott Archer. C’est un liquide visqueux qui en séchant produit une mince pellicule transparente. Grâce à lui, une émulsion sensible peut enfin adhérer à une plaque de verre. Le procédé réunit les qualités du daguerréotype et du calotype : une image de grande qualité pouvant être tirée à plusieurs exemplaires. De plus, cette émulsion est beaucoup plus sensible à la lumière, ce qui permet de réduire les temps d’exposition à 3 secondes dans de bonnes conditions. Autre aspect non négligeable, il est plus abordable : il en coûte le dixième d’un daguerréotype pour une épreuve au collodion. Parmi ceux qui ont eu recours à ce procédé, signalons Lewis Carroll (1832 - 1898) ; l’auteur de « Alice... » était aussi photographe en son temps.

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I Wait
Margaret Cameron

Ce procédé a connu une grande popularité jusqu’aux années 1870 - 1880 environ car il permettait d’obtenir des clichés d’une grande finesse et de rendre une gamme de gris particulièrement étendue.
Il présentait toutefois un inconvénient majeur : le négatif devait être préparé, exposé, puis développé en un temps très court, car une fois sec il devenait insensible et, si la prise de vue avait déjà été faite, impossible à développer. Selon les conditions de température et d’humidité ambiantes, l’opération ne devrait pas dépasser de 15 à 30 minutes au total.

A la même époque : 1851 l’« ambrotypie » (Frederick Scott Archer), 1852 la « ferrotypie » (Adolphe-Alexandre Martin).

1880 : le gélatino-bromure d’argent

Richard Leach MADDOX, en 1871, réalise la première émulsion au gélatino-bromure d’argent. En 1878, BENETT découvre qu’en chauffant l’émulsion photosensible, pendant quelques heures, la sensibilité augmente fortement. La gélatine, utilisée depuis talbot, permet une bonne adhérence sur le support de la solution. La préparation est plus simple que pour les procédés précédents et le spectre de lumière perçu est plus large.

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cheval-saut

Le gélatino-bromure d’argent est plus rapide et surtout plus stable, il permet de stocker les plaques sèches, de les commercialiser, et bientôt, le support de verre sera remplacé par un support souple permettant le transport aisé de ce qu’on appelle désormais de la pellicule, le celluloïd. Le temps de pose descend à 1/100 de seconde ou moins.

L’avancée technologique est complète, la photographie va adopter le procédé pour une siècle.

1888 : KODAK industrialise le processus photographique

La découverte de la gélatine et l’invention du celluloïd dans les années 1860 mènent à la création du premier support flexible par George Eastman, en 1884. Quatre ans plus tard, il lance sur le marché le Kodak ; la photo est maintenant accessible au grand public. Jusqu’à ce moment, le photographe devait être à la fois artiste et chimiste ; il « fabriquait » des photos. Avec le Kodak, on « prend » des photos et on laisse à d’autres la préparation du film et son développement. Le Kodak est vendu chargé d’un film de 100 poses qui, une fois exposé, est retourné avec l’appareil pour le développement. On le récupère ensuite chargé d’un nouveau film. Le slogan est resté célèbre : "Poussez sur le bouton, nous faisons le reste".

1889 : le celluloïd

Mis au point en 1876 Par Cabutt, le celluloïd permettra une diffusion plus facile de la photographie : le support en verre ne sera plus utilisé que pour les photographies de qualité, mais ce support permettra la vente de pellicule sous forme de rouleau, et l’émergence du cinéma. Désavantage du celluloïd : il est très flammable.

1890 : la similigravure

La similgravure permet de reproduire les images faites de nuances de gris grâce à un système de trame. On peut désormais imprimer industriellement de l’image. La presse va s’emparer de l’image photographique, le public va rapidement exiger sa présence.

1895 : le cinématographe

Les frères Lumière créent un procédé permettant la capture puis la restitution du mouvement : le cinéma est né.

1907 : l’autochrome

Les frères lumières inventent le premier procédé couleur, l’Autochrome. Sur une plaque de verre enduite d’une émulsion panchromatique (noir et blanc), on étendait une mince couche de particules de fécule de pomme de terre, teintes des couleurs primaires (bleu, vert et rouge), qui faisaient office de filtres lors de la prise de vues.

Ce procédé, utilisé jusque vers les années ’30, ne fut jamais adapté pour le film ciné.

1907 : le bélinographe

Édouard Belin met au point un procédé de "téléphotographie", permettant de transmettre une image à distance. C’est donc l’ancètre du fax et du scanner. L’image est lue sur un rouleau, envoyée par onde radio en direct et insole un papier sensible trempé dans du révélateur photographique. D’autres personnes sont ses concurrents (le capitaine François Joseph Fulcrand, l’allemand Arthur Korn, le belge H. Carbonelle), mais c’est bien le bélinographe qui restera dans l’histoire. Il sera utilisé jusque dans les années 60’ et va permettre au photojournalisme d’accompagner l’internationalisation du journalisme lui-même.

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belimographe_1925

1925 : le 24X36

Le Leica fut à l’origine du concept de « petit format ». Auparavant le format des images négatives était au minimum de 4,5x6 cm, et plus souvent de 6x9 cm et plus, et un tirage par contact permettait d’obtenir une épreuve positive lisible. Par contre il était difficile de disposer sur une même pellicule de plus d’une douzaine de vues. L’utilisation du film de 35mm sur lequel les clichés mesurent 24x36 mm permet de tripler l’autonomie d’un film.

Du coup, les images sont trop petites pour permettre une lecture directe et nécessitent un agrandissement. Celui-ci n’est rendu possible que par l’amélioration de la qualité des émulsions, notamment l’augmentation de la sensibilité sans altération de la définition qui est liée à la finesse du grain.
Précisons toutefois que le 24x36 (comme on le désigne couramment), s’il représente le standard le plus utilisé dans la pratique photographique tant amateur que professionnelle, n’a pas supplanté totalement les autres formats. Une taille de négatif supérieure permet une image d’encore meilleure qualité, avec le moyen format, qui va de 6x6 cm à 6x9 cm sur film souple, et le grand format 4X5 inches, et le 20X25cm sur plan films ou plaques de verre.

Il faut noter encore que Leica gardera longtemps un grand prestige dans le domaine du photoreportage : les photographes appréciant la discrétion de la prise de vue (Henir Cartier-Bresson par exemple) l’utiliseront pour le silence quasi total de son obturateur central, en plus de la qualité des optiques et la visée télémètre très précise (mais donc, pas de visée directe, uniquement permise par le reflex).

1948 : le polaroïd

Le docteur Edwin Land met au point le premier appareil à développement instantané, le Polaroïd et, en 1962, il adapte ce procédé à la couleur.

1975 : le numerique

La première prise de vues numérique a eu lieu en 1975, on la doit à Steve Sasson, un ingénieur de la société Kodak, alors âgé de 25 ans. À cette époque il n’y avait encore ni cédérom, ni internet, ni ordinateur personnel. Le projet d’appareil photo électronique portatif sur lequel travaillaient en tout et pour tout deux personnes, Steve Sasson et un technicien, n’était pas vraiment prioritaire ...

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Le plus gros problème ne fut pas de numériser les images mais de les enregistrer. Le premier appareil, construit pour 1000 $, comportait deux disques durs d’ordinateur, il était alimenté par 16 piles AA et enregistrait les images sur une bande magnétique contenue dans une cassette. L’ensemble pesait 3,9 kg. Pour examiner les enregistrements, il fallait un lecteur séparé relié à un moniteur de télévision, et l’apparition de chaque image, en noir et blanc, demandait plus de 20 secondes pour environ 10 000 pixels.

La première photographie numérique a été effacée.

Par stephane, 25 novembre 2005