Cours sur la photo numérique

Cours de photographie (2005-2011)
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Nicholas Nixon

Photographe américain né en 1947. Il se consacre à la photographie après des études littéraires, et va très vite trouver dans le portrait son genre de prédilection. Il est considéré comme faisant partie des "new topographics", héritier de l’approche documentaire d’un certain Walker Evans.

Les photographies de Nicholas Nixon produisent un trouble fort, certainement dû à l’écart présent entre sa technique photographique très rigoureuse et son sujet principal, le portrait intime.

Distance et proximité de la photographie

Dès le début de sa carrière Nixon travaille avec un appareil grand format (le fameux 4X5 inches, avec ses négatifs de 10 X 13 centimètres), ce qui implique une plus lourde logistique que le 24X36, et une plus grande lenteur dans le travail. C’est une forme d’hommage à la grande tradition photographique documentaire, qui l’a beaucoup influencé, et notamment Walker Evans, le père de la photographie documentaire américaine. Le travail à la chambre est plus lourd et les temps de pose ont tendance à être beaucoup plus long, ce qui contrairement à ce que l’on pourrait croire, constitue un avantage pour Nixon. Elle lui permet de capturer de "plus large tranches de temps".

When photography went to the small camera and quick takes, it showed thinner and thinner slices of time, [unlike] early photography where time seemed non-changing. I like greater chunks, myself. Between 30 seconds and a thousandth of a second the difference is very large

La chambre technique, utilisée pour sa plus grande qualité de détails et ses qualités d’"objectivité", Nixon l’emploie cependant pour photographier des personnes proches, parfois même intime. La clé de son travail se trouve dans l’écart insoluble que crée l’image : faite par un seul et vue par beaucoup, prélevée à proximité et restituée à distance.
Plutôt que de forcer la photographie à rester proche de l’expérience de sa fabrication, comme le fait Nan Goldin par exemple, Nixon prend acte de cet écart et nous met en présence de corps tendus entre un intime presque trop proche et l’étranger le plus glaçant.

Ce qu’il y a de plus profond en l’homme, c’est la peau [1]

Au cours de années 70, il photographie des "gens", et donne des titres assez distants comme "Taunton Avenue, Hyde Park, Massachusetts". Les photographies sont plutôt des photographies de groupe, des personnes anonymes, du voisinage et un peu plus loin, dans lesquelles Nixon cherche a garder quelque chose des relations entre les personnes et de la situation.

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Des photographies très rigoureuses dans leur cadre, mais intense dans la présence des regards et des corps. Nixon n’a pas peur d’y photographier des personnes de couleur noire, ce qui est techniquement difficile, dans des images riches en détails et textures. Sa maitrise de la photographie noir et blanc attire immédiatement les faveurs des critiques et il apparait en 1975 déjà dans la célèbre exposition "new topographics" de William Jenkins, qui aura une influence énorme sur la photographie des années 80’.

Sa technique de tirage est souvent le contact sheet, une image réalisée en déposant le négatif directement sur le papier, ce qui donne un tirage de la taille exacte du négatif, 10 X 13 cm. Là encore, la proximité et la maximisation du détail sont pointés par l’artiste.

Les soeurs Brown

Le travail le plus célèbre de Nixon est la série de portraits appelée "the Brown sisters". Il s’agit d’une série de plus de 30 portraits, ayant pour sujet la femme de Nicholas Nixon et ses 3 soeurs, portraits de groupe réalisés entre les années 70 et aujourd’hui, à la fréquence de une par an. Les soeurs y apparaissent, année après année, toujours dans le même ordre sur l’image, mais les poses y sont différentes à chaque fois, témoignant d’une dynamique familiale changeante.

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The Brown sisters est un travail simple dans sa méthode, mais riche dans la matière qu’il nous offre. Simple photographie familiale, matériel sociologique sur la femme américaine, vibrant hommage d’amour à la beauté des femmes ordinaires, fascination pour le travail du temps sur les visages, analyse psychologique sur les rapports familiaux, la série est tout cela à la fois. Son succès est considérable et elle a valu de nombreux prix à leur auteur. Pourtant, si les images sont chaleureuses (les soeurs s’y enlacent souvent, le regard pointé vers l’objectif, vers Nicholas Nixon lui-même), elles le sont par la nature du sujet. C’est la déontologie de Nixon même que de laisser le sujet donner sa part à l’objectif.

Decay

L’approche de Nixon a aussi produit de la controverse autour de série comme "people with aids" (1991) ou même ses images produites dans des maisons de retraite. Nixon y pratique la même proximité dans l’approche humaine et la même distance dans sa restitution, ce qui a conduit des membres d’act up à le considérer comme un voyeur qui ne montre que la laideur.

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Ses images de home pour personnes agées, sobrement appelée "Old people" montrent la vieillesse avec, en effet, peu de romantisme et une certaine fascination pour la peau marquée -au sens propre et figuré - par l’age, dans des tirages noir et blanc riches de détail et d’une beauté clinique.
Mais s’il y a ben quelque chose que nous apprend la photographie de Nicholas Nixon, c’est que présence et beauté ne sont pas synonymes.

Par stephane, 1er février 2010

[1Paul Valery, "Idée fixe"